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Le
portrait est un art
difficile, qui réclame une pratique journalière
(comme le violon par exemple),
laquelle pratique peut conduire à diverses
formes d'accoutumance, voire à
des comportements compulsifs comme le croquis à la
dérobée dans les lieux les
plus divers ; le "croqueur" ayant généralement
toujours son carnet de
croquis sur lui.
Dans la forme la plus bénigne de cette addiction, le sujet
demande à des
proches ou à des amis de bien vouloir poser, lesquels se
retrouvent
coincés avec un sourire crispé pendant
une période qui semble toujours
trop courte au peintre et forcément trop longue au
modèle. Cette expérience
douloureuse pour les reins du modèle se solde
immanquablement par un
"C'est moi ça ?!" effaré et incrédule,
qui donne au peintre épuisé
l'énergie nécessaire pour "quelques
petites retouches" qui
termineront de gâcher irrémédiablement
le tableau. A ce stade de déconfiture,
le sujet serait normalement prêt à
arrêter définitivement la peinture s'il ne
se trouvait dans son entourage une âme charitable,
tentant de lui remonter
le moral par quelques compliments touchants et autres
réflexions profondes
sur la difficulté de faire un portrait, voire brodant sur le
thème de "la
peinture à l'huile, c'est plus difficile, mais c'est bien
plus beau, ..."
Dans la forme avancée de la maladie, après une
évolution de plusieurs années,
le sujet, ayant épuisé son vivier de
connaissances, se trouve contraint pour
satisfaire son inclinaison, à demander aux passants de poser
pour lui dans
la rue. Souvent, un premier passant s'arrête pour observer la
scène, ce qui
excite la curiosité des autres et
finalement crée un attroupement autour
du peintre et de son modèle (semblable à celui
des automobilistes après un
accident). Le peintre, qui interprète à tort les
quolibets prononcés dans des
langues inconnues pour des compliments, se trouve conforté
dans sa démarche, et
raggaillardi, en profite pour aborder au sein même de
l'attroupement, ses
futures victimes. On comprend aisément que si rien n'est
fait pour empêcher le
sujet d'agir, il se trouve conforté dans son comportement,
et le problème
persiste.
Pourtant, des solutions existent, à la portée de
chacun
d'entre nous, comme de
refuser systématiquement de poser pour nos amis
portraitistes
amateurs, ou de
refuser de s'agglutiner autour des portraitistes de rue. Mais,
hélas ! , devant
le plaisir sadique de voir une jeune beauté se faire
re-faire le
portrait par
un portraitiste particulièrement maladroit, peu d'entre nous
résistent.
Seul un sursaut de civisme dans nos consciences troublées
par
les ondes électromagnétiques de nos
téléphones portables, pourra venir
à bout de
ce phénomène.
Quant aux pouvoir publics, leur indifférence n'a
d'égal que leur laxisme, aucun responsable ne songeant
à
traiter le problème à la base en supprimant
l'enseignement du dessin dans les
établissements scolaires. C'est en effet par des campagnes
de prévention, que
l'on pourra le plus efficacement lutter contre ce problème
de santé publique
malheureusement ignoré du grand public.